Martin Scorsese


Quel rapport existe t-il entre un petit immigrant italien du Little Italy New Yorkais et un monstre sacré du cinéma ?

Deux personnes : Martin Scorsese et Robert De Niro, Robert De Niro et Martin Scorsese. Deux personnes dont le destin est intimement lié et qui contribuèrent chacun à leur manière au succès de l’autre.

Un soir de Novembre 42, Martin Scorsese est né à Flushing. Atteint d’un asthme très grave à sa naissance, le petit Martin n’a jamais vraiment pu faire de sport et trainer dans les rues de Little Italy. Lui, ce qu’il aimait par dessus tout c’était le cinéma et la lecture… ou tout simplement observer par la fenêtre les gens vivre leur vie.

Les immigrants italiens de l’époque étant très croyants, il reçut une éducation religieuse.
Il est un temps lointain où le petit Scorsese de la petite Italie avait clairement le choix entre deux voix : celle religieuse et celle qu’on lui connaît. L’American Dream ou l’italian way of life.
Un an après avoir commencé le séminaire religieux, il fut viré et du reprendre des études normales.

Le cinéma pouvait alors pousser un grand ouf de soulagement, le patrimoine artistique aussi… Soulagement d’autant plus accentué par la poursuite de ses études à Tisch School (les cours de cinéma à l’Université de New York).

Les débuts de Martin Scorsese sont alors prometteurs avec quelques courts métrages qui auraient facilement remporté le Festival Européen du Court Métrage s’ils avaient pu y être présentés.
Puis il commence son premier long métrage… Martin Scorsese fait partie de ces réalisateurs de génie qui noue des liens très fort avec ses acteurs, des liens à la Woody et Mia Farrow.

Dans son premier long métrage, Who’s that working at my door il fait tourner pour la première fois Harvey Keitel qui occupera plus tard d’autres rôles centraux dans son œuvre. Ce film très prometteur sorti en 1969 raconte l’histoire d’un homme qui abandonne la copine qu’il devait épouser quand il apprend que celle-ci a été violée.

Son premier succès est sans aucun doute Mean street. Ce film, en plus d’annoncer ouvertement le style violent et froid (filmé caméra à l’épaule, il ressemble à un documentaire) de ses futurs succès marque la rencontre de deux grands hommes du cinéma : Martin Scorsese et Robert De Niro. On y découvre un acteur époustouflant, et si sa prestation est moins connue que dans d’autres de ses chefs d’œuvre elle n’en demeure pas moins le caviar de l’apéritif.

Les critiques dans sa poche, de là à rentrer dans une grande maison de production il n’y avait qu’un pas. Et ce pas, c’est un autre italien qui va lui faire franchir. En effet, Francis Ford Coppola va lui permettre de gagner les rangs de la Warner Bros Picture.

Avec l’argent, tout est possible, et Martin Scorsese fit tout.
Il devient le pourvoyeur officiel d’oscars d’Hollywood et un collecteur de prix en tout genre.
La première à en faire l’expérience est Ellen Burstyn qui obtient l’oscar de la meilleur actrice dans Alice n’est plus ici en 1974. Ce film raconte l’histoire d’une jeune femme qui après la mort de son mari irascible décide de partir avec sa fille réaliser son rêve : devenir chanteuse.

Une Palme d’Or au festival de Cannes ? Tout simplement 2 ans après, grâce au cultissime Taxi Driver et l’interprétation géniale de Robert De Niro « are you talkin’ to me ? ».

L’oscar du meilleur acteur, De Niro l’obtiendra pour la composition du rôle du boxer Jacques La Motta dans le film Raging Bull en 1980. Ce film est celui qui noue un lien particulièrement fort entre De Niro et Scorsese. En effet, après la sortie de son film documentaire The Last Waltz en 1978, celui ci est au bord du gouffre et totalement accro à la cocaïne. C’est à ce moment que De Niro lui propose le scénario de Raging Bull scénario qui lui tient à cœur et qui sera en 1990 élu meilleur film de la décennie.
Si Scorsese mena De Niro à son premier oscar, De Niro mena Scorsese à la rédemption.

La pâte Scorsese, le grand Paul Newman en fit lui même l’expérience : un film, un succès, son unique oscar : La couleur de l’argent en 1986 qui raconte l’histoire, la rivalité et l’amitié entre deux joueurs de billard.

Succès, coke, people, Los Angeles… Mais où est passé le petit Scorsese qui hésitait à être prêtre avant de se lancer dans sa passion ?
Existe-t-il encore une once de croyance en lui ? Ou est il totalement retourné par les succès critiques phénoménaux qu’il connaît ?

L’enfance influence toujours les choix que l’on fait étant adulte. Si « les voyages forgent la jeunesse », il est évident que d’une manière ou d’une autre la jeunesse forge le futur adulte que l’on sera.

La vision que Scorsese a du cinéma est empreinte de ce qu’il a pu vivre enfant.
Ainsi, l’une des clés de Martin Scorsese, c’est qu’il fut un enfant malade, tenu à l’écart dans son enfance par un asthme grave. Il dit lui même que le seul point de vue qu’il avait avec l’extérieur, c’est celui qu’il avait de la fenêtre de sa chambre, dans le Brooklyn de l’époque, un quartier populaire avec son lot de personnages pittoresques et de petites frappes. Toute une partie de sa filmographie, la plus personnelle, s’en ressent. Même s’il choisit très tôt de montrer la réalité crûment et dans toute sa violence, et qu’il est l’un des premiers à avoir osé, son cinéma n’est pas pour autant documentaire, mais profondément métaphysique. Sa perception est celle des gens tenus à l’écart, à cause d’une maladie chronique ou d’un handicap.
La vie ordinaire revêt toujours pour eux un caractère particulier, presque extraordinaire et symbolique. Et Scorsese qui a passé une large part de son enfance à être spectateur, a ressenti plus fort ce que quelqu’un de libre de ses mouvements ne percevrait pas.
Ainsi tout en montrant très directement la réalité, paradoxalement, il parvient à la sublimer, parce qu’il en a une perception très particulière. Coppola a développé le même genre de décalage en restant cloué à un lit par la polio pendant de longs mois dans son enfance. Une volonté de représentation et de contemplation qui a fait naitre leur vocation de cinéastes.

Et la religion, Scorsese la vit indirectement en adaptant des personnages qui sont descendus tellement loin dans les gouffres du péché qu’ils n’ont aucune chance de rédemption.
Puis il décide de la vivre directement en tournant La dernière tentation du Christ, adaptation du roman de Níkos Kazantzákis. Ce film sorti en 1988 fait un véritable tôlé, notamment au niveau des intégristes religieux qui n’hésitent pas à bruler plusieurs cinémas dont le cinéma de l’espace Saint Michel à Paris.
Les raisons ? On y découvre une Marie Madeleine prostituée, on y voit un Jésus amoindri, qui n’hésite pas à collaborer avec les romains en aidant à crucifier des gens pour s’en sortir. Un Jésus tenant plus à la vie qu’à ce que les livres retiendront de lui. Un Jésus humain.

Ce film, même s’il ne fait pas l’unanimité et connaît un succès mitigé au box office en ne rapportant « que » 8 373 585 dollars, lui vaut une nomination aux oscars en tant que meilleur réalisateur.

Car ce qu’il faut savoir sur Martin Scorsese c’est que même ses films les moins connus, les moins prolifiques, sont des petites perles qui lui rapportent des prix :
La valse des pantins (1983) avec Robert De Niro et Jerry Lewis rapporte « seulement »
2 536 242 dollars et est considéré comme un échec commercial. Cependant, elle lui vaut une nomination pour la palme d’or du festival de Cannes et reçoit le BAFTA du meilleur scénario original.
After Hours (1987) qui raconte la soirée folle d’un informaticien qui va à la rencontre d’une jeune femme qu’il connaît à peine, lui permet d’obtenir le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes.

Pour notre génération, le film sans doute le plus connu et qui reste un monument de l’histoire du cinéma et des films traitant du Crime Organisé est Les Affranchis.
Ce film cultissime et ultraviolent de 1990 raconte l’histoire vraie de la montée de Henry Hill au sein de la mafia Américaine. Joe Pesci y reçoit l’oscar du meilleur second rôle, De Niro et Ray Lotta sont parfaits… Mais le film en lui même sera bien sûr développé plus en détail dans d’autres rubriques.
Malgré son succès colossal, ce film ne permettra pas encore à Scorsese d’obtenir l’oscar du meilleur acteur qu’il méritait amplement.

Au cours des années 90, Scorsese continua à tourner des films à succès critiques et populaires comme Les nerfs à vifs en 1991 (remake d’un film de 1961 réalisé par Jack Lee Thomson au suspens haletant et avec un Robert De Niro dans le rôle du grand méchant loup), Le temps de l’innocence en 1992, ou Casino en 1995 (dans lequel il renoue avec les films de gangsters ultra violents et qui permettra à Sharon Stone de décrocher un Golden Globe pour son interprétation).

Cependant, c’est au début du XXIème siècle qu’un autre tournant va avoir lieu dans sa carrière de réalisateur. Une rencontre marquante qui allait marquer la décennie cinématographique : celle de Scorsese avec le jeune et acteur génial qu’est Leonardo DiCaprio.
Est ce nécessaire de rappeler le passage de flambeau qu’eut lieu sur le tournage du Parrain. Ce moment où Marlon Brando dans toute sa classe explique à Coppola que De Niro peut, comme lui, tout jouer. Que celui ci est un futur génie du cinéma.
De Niro plus tard passera en quelque sorte les honneurs à DiCaprio en disant de lui des compliments semblables lors du tournage du film Blessure secrete ou le second joue un enfant maltraité par le premier.

Et comme ces deux hommes que sont Scorsese et De Niro sont sur la même longueur d’onde, il est tout naturel que le réalisateur de génie teste dans un de ses films l’acteur qui faisait tomber toutes les filles lors de son interprétation de Jack dans Titanic.
C’est dans Gang of New York, en 2002 que Scorsese met en scène DiCaprio pour la première fois. Ce film retrace les guerres des gangs terribles de New York qui s’opposaient lors de combats sanglants à la hache, pic à glace et tout instrument leur tombant sous la main.
En dehors de l’interprétation sans précédant de Daniel Day Lewis dans le rôle du Boucher, celle de DiCaprio semble être un coup de cœur irréversible pour Scorsese.
En effet, dans les trois derniers films de Scorsese qui a le rôle principal ?
Leonardo Dicaprio.
Qui peut se vanter d’avoir composé le rôle très difficile, d’Howard Hugues, milliardaire atteint de troubles obsessionnels convulsifs dans Aviator en 2004. Ou encore de ce policier fou (ou pas) dans son dernier film, Shutter Island (2010) tiré du livre éponyme de Dennis Lehane et qui retourne le cerveau ?
Leonardo Dicaprio
Et enfin, qui peut affirmer avoir joué un rôle dans le film qui marque définitivement la consécration officiel de Scorsese comme un des plus grands réalisateurs de tout les temps ?
Encore Leonardo DiCaprio.

En effet, le seul film pour lequel Scorsese obtint l’oscar du meilleur réalisateur est Les infiltrés (2006). Ce film est un remake du très bon film Hongkongais en trois parties, Infernal Affairs. C’est aussi son film ayant remporté le plus grand succès public avec 125 214 018 dollars de recettes.
Il est étonnant que pour des chefs d’œuvres comme Raging Bull ou Les Affranchis, l’oscar ne lui ait pas été décerné alors que pour Les infiltrés, un des films les moins marquants de sa filmographie il le reçoive.
J’aime à croire que cet oscar sert plus à le récompenser pour l’ensemble de sa carrière de réalisateur et pour ce qu’il a fait pour le cinéma que pour ce seul film.

Martin Scorsese est passionné. Sa passion il la vit à fond. Il a donc énormément aidé à préserver le 7ème art. Il a ainsi crée The Film Fondation, association ayant pour visée de préserver et de conserver le patrimoine cinématographique mondial. Il réalise un documentaire de 4h sur l’histoire du cinéma américain dans Un voyage avec Martin Scorsese à travers le cinéma américain et est honoré par l’American Film Institute pour l’ensemble de sa carrière

Martin Scorsese est un artiste, un visionnaire qui vit de sa passion, la sublime et la préserve et, comme un symbole, Roberto Benigni au festival de Cannes et le monde…se jetant à ses pieds.

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