Le labyrinthe de Pan – Pan’s labyrinth

Nous sommes en 1944, dans une Espagne rongée par la guerre civile. Tandis que les révolutionnaires tentent de soulever le peuple pour faire tomber la dictature que pratiquement toute la communauté internationale condamne, la petite Ofelia, dont le père est mort, part avec sa mère enceinte, pour aller vivre à la campagne chez son nouveau beau-père. Ce dernier se révèle être le Capitaine Vidal, un franquiste froid et méthodique, qui traque sans pitié les maquisards qui se cachent dans la forêt. Passionnée de lecture, en particulier les contes de fée, Ofelia tombe rapidement nez à nez avec ce qu’elle prend pour une fée, qui la mène au cœur du sombre et mystérieux labyrinthe voisin. C’est ici même qu’elle rencontre le faune Pan, qui lui annonce qu’elle est la princesse d’un monde souterrain et qu’elle va devoir accomplir trois épreuves pour pouvoir revenir dans son royaume.

Guillermo Del Toro signe ici sa deuxième réalisation portant sur la guerre civile, cinq ans après l’Echine du Diable (2001) dont il pourrait presque être considéré comme une suite. A travers ce film il a voulu réunir les idées qu’il a recueillies sous forme de dessins ou de notes depuis sa jeunesse et approfondir la perception de la réalité de la guerre à travers le prisme de l’enfance.

Interprétations

L’ambiguïté du film offre deux perspectives d’interprétation égales, montrant à quel point la barrière entre l’imaginaire et le réel est évanescente et ô combien ils sont imbriqués l’un dans l’autre. Conte de fée pour adulte selon les uns, fresque sur la folie selon les autres, il est vrai que l’on ne sait jamais vraiment si ce qu’Ofelia vit et accomplit est réel ou s’il s’agit de simples hallucinations qu’elle nous partage. Tout semble si lié que l’on ne demande qu’à y croire… exactement comme elle, ce qui accentue cette troublante incertitude qui s’empare de nous et nous désempare.

Le récit se constitue de deux trames qui sont à peu près égales, l’une centrée sur le côté historique, l’autre sur l’aventure d’Ofelia et de sa famille – à savoir sa mère et le bébé qu’elle porte en elle. Le lien principal qui unit ces trames est Mercedes, principale servante du capitaine, qui devient en quelque sorte la confidente de la jeune fille.

Un divertissement plus vrai que nature

L’alternance des scènes sur la guerre civile et de celles sur le parcours initiatique surréaliste d’Ofelia établit une succession de ruptures qui mettent mal à l’aise le spectateur : on est plongé dans un monde magique qui, bien que sombre et inquiétant, semble annonciateur d’un avenir radieux, et d’un seul coup on est ramené à la dure réalité des affrontements humains, de la guerre civile, du massacre d’innocents. Comme si Del Toro nous forçait à rêver pendant quelques minutes, puis nous réveillait violemment, avant de répéter le processus. Ce dernier est si savamment mené qu’il nous aliène complètement, et l’on se retrouve non plus spectateur passif mais véritable victime de l’histoire qui se déroule, elle s’impose et investit l’esprit tout entier, on est littéralement hypnotisé.

Le réalisme est continuellement de mise, entre une restitution fidèle de l’Espagne des années 40 et des acteurs fort crédibles (en particulier Sergi Lopez qui campe le capitaine Vidal), ce qui contribue à notre immersion et notre identification aux protagonistes – tantôt Mercedes, tantôt Ofelia. Les dialogues percutants offrent de la repartie de qualité et bien souvent accentuent le manichéisme qui règne au cœur de la guerre.

Ce qu’il y a d’extraordinaire également dans Le labyrinthe de Pan, c’est l’approche du monde (imaginaire ? là est la question) que découvre Ofelia avec l’aide du faune. C’est en effet un univers très étrange, surréaliste, inspiré des contes de fées mais empreint d’une atmosphère lugubre : par exemple, loin d’être l’habituel croisement entre une chèvre et un homme aux airs de satyre, le faune Pan est une créature faite de terre, d’écorce, de lierre, qui n’a du faune mythologique que la silhouette. Cette noirceur rend plus improbable encore l’hypothèse que tout se déroule dans l’esprit d’Ofelia et crée chez le spectateur un sentiment mêlant appréhension et fascination.

Envoûté par cet univers, porté par une musique enchanteresse, le spectateur se prend de grosses claques tout le long du périple d’Ofelia : nul ne ressort indemne du voyage mystérieux dans ce qui constitue encore aujourd’hui le plus grand chef-d’œuvre de Guillermo Del Toro.

Thibaut
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Titre : Le Labyrinthe de Pan
Réalisation et Scénario : Guillermo Del Toro
Musique : Javier Navarrete
Genre : Drame fantastique
Durée : 112 minutes

Pan’s Labyrinth

We are in 1944, in Spain eaten away by the civil war. Whereas the revolutionaries try to raise the people to bring down the dictatorship that practically all the international community condemns, the girl Ofelia, whose father died, goes with her pregnant mother living in the countryside at his new father-in-law’s. His name is Captain Vidal, a cold and methodical Franco supporter, which pursues mercilessly the resistance fighters hidden in the forest. Ofelia who loves reading – especially fairy tales – quickly falls face to face with what she takes for a fairy, who leads her in the heart of the somber and mysterious nearby labyrinth. It is here that she meets Pan, a faun that announces her that she is the princess of an underground world and that she will have to achieve three tests to be able to return in her kingdom.

Guillermo Del Toro signs here his second realization concerning the civil war, five years after the Devil’s Blackbone (2001) with which it could be almost considered as a continuation. Through this new movie he wanted to gather the ideas he collected in the form of drawings or notes since his youth and to extend the perception of the reality of war through the prism of childhood.

Interpretations

The ambiguity of this movie offers two equal perspectives of interpretation, showing in which point the barrier between imagination and reality is evanescent and how much they are imbricated together. Fairy tale for adult according to some, fresco on the madness according to others, we never know if what Ofelia experiences and carries out is actually real or if it is simple hallucinations. Everything seems so connected that we only ask to believe in it exactly as she does, which stresses this disturbing uncertainty that seizes us and throws us into confusion.

The story is composed of two wefts which are about equal, the one centered on the historic side, the other one on the adventure of Ofelia and her family – her mother and the baby she is waiting for. The main link which unites these wefts is Mercedes, the main handmaid of the captain, who becomes in a way the confidante of the girl.

An amazing and realistic entertainment

The alternation of scenes on Civil War and those on Ofelia’s surrealist initiatory route establishes a succession of breaks which make the spectator ill-at-ease. We are plunged into a magic world which, although dark and disturbing, seem warning of a brilliant future, and at one go we are returned to the hard reality of the human confrontations, the civil war, the massacre of innocents. As if Del Toro forced us to dream during some minutes, then woke us violently, before repeating the process. This last one is so skillfully led that it alienates us completely, and we become no passive spectator anymore but real victim of the story that takes place: we are literally hypnotized.

This movie is constantly looking for a great realism, between a faithful restoration of Spain of the 40s and very credible actors (in particular Sergi Lopez who pulls Captain Vidal), what contributes to our dumping and our identification to the protagonists – sometimes Mercedes, sometimes Ofelia. The hard-hitting dialogues offer of the quality rejoinder and very often stress the Manichaeism which reigns in the heart of War.

What is extraordinary in Pan’s labyrinth, it is the approach of the – imaginary? That is the question – world that Ofelia discovers. It is indeed a very strange, surrealist universe, inspired by fairy tales but also printed by a lugubrious atmosphere: for example, far from being the usual cross of a goat with a man, the faun Pan is a creature made of bark and ivy, which has of the mythological faun only its figure. This darkness makes even more improbable the hypothesis that everything takes place in Ofelia’s mind and creates in the spectator’s mind a mix of apprehension and fascination.

Bewitched by this universe, amazed by a charming music, the spectator really gets slapped during Ofelia’s trip: nobody stands out unhurt of the mysterious journey in what constitutes even today Del Toro’s biggest masterpiece.

Thibaut
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Title: Pan’s Labyrinth
Director and Scenarist: Guillermo Del Toro
Music: Javier Navarrete
Genre: Drama/ Fantastic
Running time: 112 minutes

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