Exit Through The Gift Shop (Faites le mur !)

Faites le mur ! est un documentaire au scénario prenant et surprenant. Il narre l’histoire de Thierry Guetta, un français émigré à Los Angeles depuis les années 1980, qui tient une boutique de vêtements. Arborant une barbe n’ayant rien à envier aux gentlemen du 19ème siècle, et un parler bien français, on commence dès le début à se demander que vient faire ici cet homme, dont Rhys Efans nous comte la curieuse histoire. Thierry Guetta nous dévoile bientôt son excentricité : depuis plus de 10 ans, il ne va nulle part sans sa caméra, et filme tout. Absolument tout. Puis, sans regarder ses cassettes, il les range dans des boites dans sa maison. Il en a des milliers. En 1999, en vacances en France, Thierry filme son cousin, le street artist Space Invader, qui construit des mosaïques de space invader à partir de pièces de Rubiks Cube. Il commence alors à le suivre dans la rue, caméra à la main, pour le filmer entrain de coller ses mosaïques sur des ponts et les murs de Paris.
Thierry a trouvé sa « voie ». De retour à Los Angeles, il rencontre l’artiste Shepard Fairey, et, sans même lui demander la permission, commence à le filmer et le suivre partout, prétextant faire un documentaire sur l’art urbain. Vous l’aurez compris, Thierry Guetta est un poil agassant, un peu bête, mais le fait qu’il soit le seul à filmer cette montée en puissance de l’art urbain lui permet de poursuivre dans sa folie. Un jour, Thierry apprend l’existence de Banksy. L’anglais est une star : alliant humour, politique, et poésie, ses peintures parsèment l’Angleterre, ou encore le mur séparant Israël des Territoires Palestiniens. Travaillant de manière furtive et fracassante, ses œuvres ne laissent pas les passants inchangés, qui, à la vue d’un pôle de téléphone « remodelé » au hasard d’une rue, comprennent de suite quel en est l’auteur, tels les habitants de Gotham City après le passage de Batmanl. L’artiste anglais aura même fait imprimer l’équivalent de 1 million de livres de billets où figure la tête (légèrement caricaturée) de Lady Di… et aura réussi à payer avec !

Thierry se met alors en tête de rencontrer Banksy à tout prix. Seulement, celui-ci est introuvable. Un jour, Shepard Fairey fait appel à Thierry pour accueillir Banksy à Los Angeles. Comme un chien bien dressé, Thierry accourt, et se fait l’esclave du maître, l’amenant à tous les meilleurs spots de la cité des anges, devenant petit à petit son acolyte, pretextant, toujours, réaliser un documentaire. Au bout d’un an, Banksy demande à voir le « documentaire » de l’excentrique Français. Celui-ci, réalisant d’un coup le poids de son petit mensonge, s’atèle à la tâche dantesque de devoir trouver et couper les clips de ses milliers de cassettes. Le résultat est Life Remote Control, un montage d’1h30, stroboscopique, insensé, totalement aléatoire. Banksy réalise alors que l’homme qui l’a accompagné partout n’est en fait qu’un guignol passionné, pas tout à fait honnête. D’ailleurs, le co-réalisateur du documentaire de Thierry Guetta, le cinéaste suisse Joachim Levy, n’est même pas cité au générique alors que c’est lui qui a effectivement monté Life Remote Control. Joachim Levy, faute d’un accord avec Guetta, a donc engagé contre lui une procédure judiciaire.
Cet échec cuisant est un (sinon le plus important) tournant du film et de la vie de Thierry Guetta. Celui-ci part dans un délire de grandeur et se créé un alter ego : Mr. Brainwash (MBW). Investissant tout son argent, il se construit un studio d’art urbain et embauche des dizaines d’assistants, dans le but mégalomaniaque de devenir le meilleur artiste urbain du monde…
Suite à la sortie de Faites le mur !, le personnage de MBW, tel qu’il est présenté dans le film, fut considéré comme un personnage de fiction inventé par Banksy afin de dénoncer les travers du marché de l’art – en effet, les œuvres de Mr Brainwash semblent n’être que des pâles copies du style de Warhol ou de Banksy lui-même. Néanmoins, celles-ci se vendirent aux enchères comme des petits pains, à des chiffres s’élevant à plusieurs centaines de milliers de dollars. Cependant, en mars 2011, le photographe de Run D.M.C., Glen Friedman, fait un procès à Thierry Guetta pour contrefaçon, confirmant ainsi que Mr. Brainwash est bien réel.

Cela ne veut pas dire que le film n’a pas de message. Peut-être Banksy voulait-il souligner le fait que de gros chèques ne font pas de l’art original. Peut-être qu’en faisant ainsi « briller » Thierry Guetta, Banksy ramène indirectement la lumière sur lui, suggérant que la valeur n’est pas dans l’exubérance tape-à-l’œil et colorée d’une exposition, mais dans la subtilité, le militantisme, et le travail furtif d’un homme qui préfère garder son identité secrète. Car son œuvre, où qu’elle soit dans le monde, est tout de suite reconnaissable. En réalisant Faites le mur !, Banksy se donne toute l’apparence du super-héro des temps modernes : il se fait attendre, se livre à des frappes chirurgicales, s’entoure d’un voile de secret et néanmoins provoque l’admiration des citadins et du monde entier. Faites le mur ! est ainsi pour Banksy une manière d’étaler à la face du monde sa contribution à l’art moderne, et renforcer sa légende.

Romain

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