Balada triste

Genre : comédie dramatique
Pays : Espagne
Réalisateur : Alex De La Iglesia
Acteurs : Carlos Areces (Javier), Carolina Bang (Natalia), Antonio de la Torre (Sergio)
Durée : 1h47

Sexe, sang et clowns timbrés font le cocktail détonnant de Balada Triste. Si vous croyez que les travestis et personnages dérangés des films d’Almodóvar étaient la plus haute déclaration d’art anticonformiste du cinéma espagnol, vous n’avez pas encore vu le film d’Alex De La Iglesia, qui a été primé au festival de Venise 2010.

Balada triste démarre sur les chapeaux de roues, avec une première scène où, sans même enlever son maquillage, un clown en robe et perruque massacre au pistolet et à la machette des soldats franquistes avec une telle férocité que le ton est donné quant à la bizarrerie de ce qui va suivre. Nous sommes en 1937, à Madrid, en pleine Guerre civile espagnole, et un clown vient d’être recruté de force par les troupes républicaines… La scène se déroule avec l’énergie d’une performance de cirque, la maîtrise et l’humour sombre de Alex de la Iglesia sont de haute volée, montrant un gros plan des chaussures comiques du clown alors que celui-ci charge à travers l’ennemi comme un héros de film d’action. Les franquistes parviennent quand même à arrêter le clown, qui est détenu pour travailler dans la construction de la basilique de la Valle de los Caídos, ce gigantesque monument commandé par Franco. Avant de mourir, il ne laissera qu’une consigne à son fils, un gage ultime de bonheur : jouer un pied-de-nez à l’histoire en se vengeant.

Propulsé à la fin de l’ère franquiste, en 1973, l’intrigue retrouve le fils, Javier, devenu un homme quadragénaire bouffi et peureux, qui devient le clown triste dans un cirque dominé par Sergio, le clown auguste de la troupe. Javier devient rapidement amoureux de Natalia, une belle acrobate qui cherche à le séduire. Le problème, c’est qu’elle est déjà dans une relation avec Sergio, un homme alcoolique et violent. On sait déjà qu’il va y avoir des embrouilles quand Sergio admet que, s’il n’était pas un clown, il serait un meurtrier. Les deux clowns vont se livrer une bataille mortelle pour conquérir le cœur de Natalia, tels des monstres yin-yang dont la psyché déformée ne peut finalement plus être camouflée par du maquillage.

Le film aborde des thèmes sensibles à l’Espagne, notamment la mémoire historique et la violence faite aux femmes. Sur ce dernier point, Alex De La Iglesia est ambigu, et c’est ce qui dérange et fascine à la fois. L’acrobate Natalia est régulièrement battue par Sergio, son fiancé… mais le pire, c’est qu’elle aime se faire battre. Alors que le sang est toujours dans sa bouche, elle s’abandonne à lui dans des séances de sexe assez sauvages.

Le réalisateur mélange et assemble avec esprit et mordant : gags burlesques et bribes lyriques de la vie de cirque se confondent alors que le corpulent Javier découvre que Sergio est lui-même un dictateur brutal. Ses rendez-vous galants avec Natalia, que Sergio bat et séduit avec la même passion, se font à la foire et dans des maisons hantées, comme si cauchemars comiques et spectacles étaient les seuls mondes dans lesquels ces personnages habitaient. De La Iglesia a l’inventivité visuelle d’un Jean-Pierre Jeunet, mais il n’y a rien de lyrique dans son style. Il embrasse l’excès, sous la forme d’une violence extrême ou de scènes de sexe punitives, et demande au public de se complaire dans cet excès.
Et avouons-le, il réussit ! Ce film nous fout une claque comme on aimerait en recevoir plus souvent. Passé le style assez tarantinesque du scénario (dans lequel Hans Landa d’Inglorious Basterds devient Sergio, le clown dictateur), ou un final similaire à celui de La Mort aux Trousses d’Hitchcock, Alex De La Iglesia propose des scènes qui touchent au sublime, comme à l’humour radical et absurde. Le sublime : prenez le générique du début du film, un chef d’œuvre à lui tout seul. Sur les sons des tambours de guerre, plusieurs photos historiques, religieuses et cinématographiques sont projetées éclectiquement dans un montage impressionnant. Ou ce lion qui sort de la pénombre et se pose à côté de l’enfant. Ce même enfant qui 36 ans plus tard dévorera un cerf tombé dans un puits. L’humour absurde : Javier, devenu un vrai sauvage dans la forêt, est sauvé d’un sanglier, puis capturé comme du giber et traité comme un porc (ou un chien de chasse, selon l’humeur dudit général).

On pourrait vous parler de Rousseau, mais on va s’arrêter là. La vérité, c’est qu’on peut difficilement donner un sens à ce film ahurissant et fabuleux. Donc allez le voir, et faites vous en votre propre idée. Bon courage et bon spectacle !
Note : 9/10

Romain

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • Ils nous soutiennent

%d blogueurs aiment cette page :