Le jour où Zack Snyder se prit pour un génie

Vous savez, s’il y a un genre de film qui me fout la pêche pendant une semaine après que je l’ai vu, c’est bien le « film d’accumulaction ». Pas la peine de googler ce néologisme barbare, il n’existe pas officiellement, c’est moi qui viens de l’inventer. Ce genre, en pleine expansion depuis le début du XXIe siècle, fait référence aux films d’action surréalistes où le héros casse du méchant à la pelle et semble pratiquement immortel, aux films où des bombes et des playboys aux allures gothiques se mettent sur la gueule dans un décor apocalyptique avec du gros rock qui tache en fond sonore, aux films tellement virils que l’écran dégage des phéromones quand on les projette.

Je ne saurais pas très bien définir les débuts du film d’accumulaction mais l’un de ses pionniers à ma connaissance est sa Majesté Robert Rodriguez, avec des modèles incontournables (Sin City, Planète Terreur – qui tire même vers le film d’horreur à l’ancienne – ou encore le cultissime et récent Machete). Ce n’est pas sans brio que Michael Davis a marché sur ses traces avec Shoot’Em Up en 2007, commençant à faire se rapprocher le cinéma d’action et le jeu vidéo, transformant le simple divertissement en véritable attraction hollywoodienne. Et juste pour le plaisir, notons en 2010 la sortie de Kick-Ass, qui associe ce genre à celui des comics en y mêlant une bonne dose d’humour.

Mais hélas ! (ou youpi, selon les goûts ; je suis moi-même partagé…) qui dit nouveau genre, dit également nouvelles daubes… et nouveaux nanars. Frank Miller, créateur de comics et coréalisateur de Sin City, en a pondu un beau en 2008, The Spirit, risible et ennuyeux. Et nous voici arrivés là où je voulais en venir : Sucker Punch. Voyez-vous, Zack Snyder a démontré un talent de maître pour réaliser des films sujets à controverse : 300, Watchmen… Ces films ont fait parler d’eux, on les a aimés ou non, mais nul ne peut démentir la finesse de leur réalisation et leur aboutissement artistique. Eh bien Sucker Punch déroge à cette règle. Enfin, pas complètement : le film est beau. Les décors, les costumes, la musique, tous ces éléments recréent l’atmosphère qui me fait d’ordinaire frissonner de joie… Mais là, c’est tout juste un hérissement du poil des avant-bras qui s’est fait sentir ! Et comme vous m’êtes bien sympathiques, je vais vous dire pourquoi.

Si je devais résumer le synopsis de manière simple, je dirais que c’est l’histoire d’une jeune femme qui se fait interner dans un asile psychiatrique par son beau-père qui a tenté d’abuser d’elle et de sa sœur, asile où elle doit se faire lobotomiser dans 5 jours. Elle est emmenée dans une partie de l’asile appelée le « théâtre » où une dizaine de pures bombasses sont isolées des autres patients et préparent des spectacles érotiques pour les nababs de la ville. Avouez que jusque-là c’est bien fendard ! Et notre pauvre héroïne, qui ne veut pas se laisser manipuler comme ça, trouve un moyen d’échapper à cette horreur dans son imagination, où elle devient une super-guerrière façon jeu d’arcade ou RPG et découpe des géants de 10 mètres ou encore des nazis robotisés avec un sabre de samouraï et des gros flingues. Elle embarque plusieurs mannequins dans son délire et fomente un plan d’évasion qui se déroule à la fois dans la « réalité » de l’asile/bordel et dans l’imaginaire aux allures de jeu vidéo. Et je vous épargne la suite, parce que je hais les spoilers, même si j’en suis tenté pour vous éviter de perdre deux heures…

Non, vous n’avez pas rêvé. Ce film est bien le melting-pot absolu : l’asile de Shutter Island, les prostituées guerrières de Sin City, le sabre de Kill Bill, le lien réalité-rêve d’Inception, un bon coup de mixeur, quelques heures au frigo et servi tel quel dans votre cinéma. Snyder a REELLEMENT eu l’audace de croire qu’il pouvait incarner à la fois Christopher Nolan, Robert Rodriguez, Quentin Tarantino et Martin Scorsese. Je ne vois même pas l’intérêt de vous donner une mesure de l’étendue de son échec, les détails parlent d’eux-mêmes. Et dire que ce mec aura poussé le vice jusqu’à engager Carla Gugino, grande figure du cinéma d’action (Sin City, Spy Kids, Watchmen…) pour « faire pro »… « SHAME ON HIM ! » Dirais-je si par une quelconque infortune j’étais né aux USA ou en Angleterre. Mais vu que je suis plutôt Molière que Shakespeare, je vais user du légendaire tact français et m’exclamer : « Aux chiottes Snyder ! »

Bon allez, je suis un peu sévère quand même. Comme tout bon nanar, Sucker Punch réserve son lot de bonnes surprises, parfois malgré lui, et il demande simplement à être considéré comme tel.

Thibaut

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Comments
2 Responses to “Le jour où Zack Snyder se prit pour un génie”
  1. Reno dit :

    Cher Thibaut, ton article est malheureusement aussi peu pertinent que ta compréhension du film.
    Pour te mettre sur la voie, il existe 3 mondes parallèles et non 2 dans ce film! Ce sont les passages entre ces trois mondes qui nous prouvent qu’encore une fois, Schnyder est un professionnel de la mise en scéne (sans parler bien sur des effets graphiques!). Je ne dirai pas génie pour ceux qui ne l’aime pas, mais je te conseille vivement de revoir le film, ou bien d’en lire des critiques plus poussées, car ce film ne se comprend pas dans l’intégralité d’un coup d’œil, il faut bien plus réfléchir que ce que tu ne crois.

    • Thibaut dit :

      Cher Reno,

      Passons sur le fait que tu présupposes qu’il n’y ait qu’une seule grille de lecture possible pour chaque film. Concernant la manière dont tu voudrais que je comprenne Sucker Punch, je répondrai simplement que Zack Snyder a affirmé dans une interview à propos de ce film : « j’ai vraiment l’impression que je n’ai jamais vraiment eu l’occasion de faire un film d’action, je veux dire 300 est un peu un film d’action mais pas comme ça pourrait être, sans règles et avec des mitrailleuses et tout. Je sens un vrai potentiel en ce film [note: Sucker Punch] que je n’ai encore jamais exploré, et c’est ça qui m’excite » (http://www.the-trades.com/article.php?id=5288)

      Autant dire que lui-même s’en fout de faire réfléchir, sa seule volonté a bel et bien été de faire un film d’action pur et dur. (en même temps, pas étonnant quand on regarde sa filmographie hein…) Qu’on veuille donner un sens à ce film, je le conçois, mais rien ne nous y oblige même si tu semble persuadé du contraire… Je suivrai ton conseil et reverrai ce film, mais plutôt parce que j’aime me marrer et que, comme je l’ai indiqué dans mon article, le film est quand même beau.

      Quant à tes « trois univers parallèle », tu voulais sans doute distinguer les différents univers qui naissent dans l’esprit de l’héroïne, mais dans ce cas on s’est mal compris car ce n’est pas ce dont je parlais dans ma critique : je faisais simplement la différence entre la réalité et l’imaginaire, ce qui fait bien 2 mondes parallèles et pas 3.

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