Linha de Passe

Drame brésilien de Walter Salles et Daniella Thomas (2008).
Durée : 1h48

L’histoire se passé à São Paulo, une ville de 20 millions d’habitants majoritairement pauvres. Le film de Walter Salles et Daniela Thomas traite d’une femme seule et de ses quatre fils, qui tentent de survivre dans des petits jobs mal payés qu’ils sont désespérés de ne pas perdre. Pour chacun, la vie est une lutte pour échapper au taudis familial dirigé par une mère de mœurs légères qui, à plus de 45 ans, est à nouveau enceinte d’un homme inconnu. Dario est un jeune homme de 18 ans déjà trop vieux pour devenir footballer professionnel, mais qui altère sa carte d’identité pour tromper les découvreurs de nouveaux talents et pouvoir participer aux essais du club local. Un autre frère est un courrier à moto, un parmi les milliers d’autres qui risquent leurs vies tous les jours sur les routes bondées de l’agglomération pauliste, et qui glisse dans la petite délinquance pour pouvoir payer des médicaments à son bébé malade. Dinho est un pompiste la nuit, et prêche la parole de Dieu le jour. Reginaldo, le plus jeune, passe ses journées à sillonner São Paulo à la recherche de l’identité de son père, qu’il n’a jamais rencontré, et dont il est certain qu’il est noir. Pour couronner le tout, sa mère fait le ménage dans les appartements de riches. Tout au long du film, la foi de chacun ne va tenir que sur un film, puisque qu’ils remettent tous en cause leur présent et commencent à douter de leur futur.

Walter Salles a prouvé qu’il est l’un des directeurs les plus politiquement conscients du cinéma d’Amérique latine, et aussi l’un de ses meilleurs. Ses Carnets de voyage (Diarios de motocicleta) avaient touché notre corde sensible en dévoilant le drame social qui s’est déroulé tout au long du 20ème siècle en Amérique du Sud. Son dernier film, qui jette un œil équilibré sur la vie dans les favelas brésiliennes, offre un mélange captivant de poésie urbaine et de réalisme social extrêmement bien observé.
Le film parle bien des expériences vécues et des choix difficiles, dénudés de beaucoup des clichés violents, des exagérations et expressions de désespoir face à la pauvreté, de la corruption et du crime représentés dans quelques mélodrames de favela.
Mais son final ouvert laisse le spectateur un peu déçu et insatisfait. Alors que la plupart des films sur des familles se ferment par des étreintes retrouvées, Linha de Passe se termine par des éclats, dans la douleur, et avec cinq différents types d’espoir soudain et desespéré.

L’utilisation de la fratrie pour incarner des valeurs ou des forces familiales contrastées est un des procédés fictionnels les plus vénérables ; mais il faut un vrai plus pour compenser le schéma classique. Dans Linha de Passe, les quatre demi-frères restent un peu trop schématiques dans leurs différenciations. Si le film parvient quand même à faire des étincelles, c’est en partie grâce à l’actrice Sandra Corveloni, qui joue là dans son premier film. Donnant à son rôle de matriarche dévoyée une combativité et une apparence crasseuse, elle a remporté le Prix d’interprétation féminine à Cannes en 2008.

L’approche thématique et cinématographique demeure également intéressante ; Salles et Thomas établissent des parallèles entre le football et la religion avec le motif récurrent des mains au ciel qui est commun aux deux mondes. Ils sculptent le son, diminuant progressivement l’intensité de l’assaut incessant de la mégapole pour nous emmener dans la pensée des garçons alors que ceux-ci rêvassent d’évasion. Au bout du compte, il y a de l’optimisme dans ce film, bien qu’il soit tempéré par le caractère poignant de ces vies dans l’ombre de l’indifférence cruelle de São Paulo.
Pour tous les échos de la Cité des Dieux dans la multiplicité des caractères, la musique rythmique (de Gustavo Santaolalla d’Amores Perros) et les accès de prises de vue impétueuses, le film ne franchit jamais vraiment la ligne entre une fable habilement confectionnée et un embrasement artistique spontané. La malédiction du cinéma brésilien moderne semble être de plus en plus que chaque film nous rappelle la Cité des Dieux tout en en étant pas à la hauteur.

8/10

Romain

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