La Piel que habito : attention chef d’oeuvre !

Drame espagnol de Pedro Almodóvar
Avec Antonio Banderas, Elena Anaya, Marisa Paredes
1h57

J’ai dû rester assis pendant le générique de fin (sur une très belle musique) pour me remettre de ce que je venais de voir. A n’en pas douter, La Piel que Habito est le meilleur film d’Almodovar depuis des lustres. Un vrai chef d’œuvre. Alors que ses films précédents, même les plus réussis (Todo Sobre Mi Madre, Hable con Ella, La Mala Educación, Volver) avaient proposé du très bon cinéma, je sentais toujours qu’il manquait quelque chose, ou au contraire que ces films allaient trop loin dans leur extravagance. Et bien cette fois-ci les astres se sont alignés et tout, absolument tout dans La Piel que Habito fonctionne à merveille. Ce film est un véritable ouragan émotionnel, qui vous tient en haleine, et fera battre votre cœur à 100 à l’heure…

Basé sur le roman Mygale de Thierry Jonquet, le scénario présente des différences avec sa source ; Almodovar a décidé d’omettre certaines choses pour proposer sa propre version de cette histoire fascinante. Il est difficile de la présenter sans trop en révéler. L’histoire se passe en février 2012. Robert (Antonio Banderas) est un riche chirurgien esthétique réputé. Il pratique son métier dans un manoir somptueux aux abords de Toledo, au milieu des vergers. En lieu et place d’une cave a vin, il dispose d’un laboratoire high-tech, où il effectue ses expérimentations, notamment sa recherche de longue durée d’une peau synthétique, celle la-même qui aurait pu sauver sa femme, grièvement brulée il y a de cela 12 ans. Enfin, il a réussi à créer une peau ultra-résistante (piqûres de moustiques, brulures…). Son cobaye : Vera (Elena Anaya, captivante), jeune femme d’une trentaine d’année, tenue captive dans une chambre du manoir, où, dans un juste-au-corps curieux, elle effectue des exercices de yoga à longueur de journée. Des caméras permettent à Robert de l’épier sur des écrans plasma disposés à divers endroits de la maison. C’est avec une étrange fascination que celui-ci l’observe, mêlée d’un intérêt tant émotionnel que scientifique. Marília, sa fidèle domestique, est sa seule complice dans ce mystérieux manège. De Vera, on ne sait rien. Et c’est justement le film qui va nous dévoilé son identité, en nous envoyant sur de nombreuses fausses pistes et montagnes russes de suspense et d’émotions.

Car La Piel que Habito est une bombe à retardement : le film fait rapidement exploser un premier pétard avec l’arrivé de Zeca, le fils de Marilia, qui va semer le trouble-fête. Cette première demi-heure est digne d’un final d’un film d’Almodovar. Mais justement, cette fois-ci, le Maître a chamboulé le déroulement habituel de ses intrigues. Car une fois passé ce premier pétard, à partir du milieu du film, commence un long flash back de 6 ans, qui va nous faire découvrir de nouveaux personnages importantissimes, et progressivement révéler l’identité de Vera, au terme de scènes haletantes (dans tous les sens du terme). A partir de ce moment-là, chaque détail compte (et ce même dès le début), et le personnage de Robert prend une toute nouvelle dimension. Nous n’en dirons pas plus, sachez juste que vous êtes partis pour un grand moment de cinéma.

En plus du scénario, Pedro Almodovar filme avec une précision chirurgicale (le personnage de Robert y est pour quelque chose), utilisant du gros plan avec dextérité et intelligence. De même l’image présente un aspect artistique tout à fait européen. Antonio Banderas (re)montre qu’il est vraiment un grand acteur, jouant avec une méticulosité toute spéciale. Elena Anaya présente une beauté cristalline que ses grands yeux et sa démarche de panthère rendent captivante. Enfin, les décors sont majestueux, du manoir de brique et ses tableaux, au laboratoire souterrain, en passant par la BMW de Robert.

La Piel que Habito est donc un film qu’il faut célébrer, mais qui ne sera pas pour autant accessible à tout le monde. Il faudrait le voir plusieurs fois pour en saisir toutes les subtilités, les clins d’œil, ou analyser la composition merveilleuse des images qui fourmillent de détails symboliques. La Piel que Habito est un des films, sinon LE film le plus absorbant de l’année, et assurément LE chef d’œuvre d’Almodovar dans ce siècle-ci. A voir et à revoir.
Note : 10/10

Romain

[youtube:http://www.youtube.com/watch?v=iG0ZAIjo7uc%5D
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