La planète des singes : les origines

La Planète des Singes : les origines
Film américain de Rupert Wyatt
Avec James Franco, Freida Pinto, John Lithgow, Brian Cox et Anthony Serkis
Durée : 1h45
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Après X-Men First Class le Commencement, voici un autre préquel, cette fois-ci de La Planète des Singes (l’originale ayant été réalisée en 1968, le deuxième en 2001).

Ce que nous savions avant même que le film commence : une planète déserte est dominée par des singes, organisés en une société hiérarchique et intelligente. Comment en est-on arrivé là ?

Au début du film, des chimpanzés sont capturés dans la jungle au compte de la société Gen-Sys, basée à San Francisco. Will Rodman (James Franco), jeune scientifique brillant, en a besoin pour tester un rétrovirus sensé guérir de la maladie d’Alzheimer. Un singe, en particulier, montre des capacités cognitives surprenantes, réussissant à résoudre le problème de la tour d’Hanoï en 20 coups (le meilleur étant 15 coups). Malheureusement, alors que Gen-Sys souhaitait faire une démonstration « en direct » des potentialités du rétrovirus à ses contributeurs financiers, le singe s’échappe et cause de nombreux dégâts, atterrissant tout menaçant dans la salle de réunion en cassant la vitre. Il est abattu, avant qu’il ne blesse quelqu’un. Le PDG de Gen-Sys ordonne alors de tuer tous les singes de l’expérience et mettre fin à celle-ci. Will parvient quand même à sauver un bébé singe, celui la même que la mère avait voulu protégé en s’échappant, le ramenant chez lui et lui donnant le nom de César (révélateur !). Il lui apprend le langage des signes et l’élève comme son enfant. Alors qu’il grandit, César développe des capacités cognitives exceptionnelles (grâce au rétrovirus qu’il a dans son sang), ce qui incite Will à donner de son rétrovirus à son père Charles (John Lithgow, le « Trinity Killer » dans la série Dexter), gravement touché par Alzheimer. Charles fait des progrès surprenants, s’améliorant au-delà de tout résultat espéré. Malheureusement son corps développe des anticorps au rétrovirus et Charles reperd progressivement la mémoire, ce qui amène un incident avec un voisin, que César blesse pour protéger Charles. César est alors confisqué des mains de Will et amené à la fourrière des singes. On peut dire que le film commence vraiment ici, après une trentaine de minutes. César est désormais adulte, mais il n’a jamais cohabité avec des singes sauvages, non apprivoisés et intelligents comme lui. Comment va-t-on donc passer de là au cadre de science-fiction du film originel ?

Blockbuster de l’été par excellence, lancé par une lente promotion agressive, La Planète des Singes est un film hollywoodien à gros budget des plus classiques, comme les studios 20th Century Fox ou Universal en produisent (deux ou trois) chaque juillet-août. Heureusement, c’est tout à l’honneur des scénaristes que d’avoir limité les scènes d’actions pour se concentrer sur deux choses : d’abord les relations affectives et paternelles entre Will et César, puis sur les stratagèmes pensés par César pour s’échapper de la fourrière (on ne dévoile rien en disant cela, il fallait bien qu’il sorte de cette fourrière pour dominer une planète), mais aussi pour devenir le Julius Caesar de tous les singes. Pas surprenant venant d’un jeune directeur (Rupert Wyatt, 38 ans), qui a réalisé le discret mais très réussi The Escapist (2008), où Brian Cox mène une évasion de prison, l’opposé exact de son rôle dans La Planète des Singes où il joue le directeur de la fourrière !

L’ingrédient n°1 de La Planète des Singes (l’originel), à savoir la question de ces « singes intelligents », est donc très bien expliquée ; L’ingrédient n°2, cette curieuse planète vide, l’est beaucoup moins, et il faut attendre le générique de fin, avant lequel plusieurs personnes quittent généralement la salle, pour le comprendre. Bien sûr, des indices sont disséminés ça et là au cours du film quant à l’effet destructeur du rétrovirus sur les humains, mais tout prend sens dans le générique de fin. C’est un peu dommage. Alors, pour ceux n’ayant pas compris, je résume : le rétrovirus atterrit sur un pilote d’avion, qui contamine d’autres personnes avant de mourir, et cætera jusqu’à ce que toute la Terre soit contaminée. Cette planète inconnue que les singes gouvernent n’est donc autre que notre vieille Terre ! Ceci est assez révélateur des différentes époques à laquelle ont été réalisés les films : en 1968, un an avant que Neil Armstrong ne pose le pied sur la lune, le monde était fasciné par cet univers mystérieux et infini de possibilité au dessus de notre tête. Cette époque a donc produit de nombreux romans de science-fiction (ceux d’Arthur C. Clarke par exemple), et c’est sans surprise que l’intrigue de La Planète des Singes se passait sur une planète inconnue sur laquelle arrivent un groupe d’astronautes. En 2011, alors que le monde et les médias s’inquiètent de tous ces virus (SARS, aviaire, H1N1 et j’en passe) et qu’il est démontré avec de plus en plus de véhémence qu’avec nos pratiques agroalimentaires actuelles, une contamination généralisée est envisageable dans les 10 ou 15 années à venir, ce n’est pas surprenant que La Planète des Singes se déroule en fait sur notre Terre, qui a été décimée par un rétrovirus créé par l’homme. A noter que Will, avec ses abords de gentils garçons et de beau gosse, n’est pas exempt de tout reproche. Représentant l’insouciance des hommes, c’est bien lui qui, n’ayant aucune idée des effets secondaires du virus qu’il a développé, mais observant les bénéfices, décide quand même de l’administrer à son père (l’analogie avec les OGM n’est pas loin), déclenchant une chaîne d’événements catastrophiques. Certes, Pasteur étant passé par là avant lui, le scientifique se doit de prendre des risques et avance à tâtons, mais ne sait jamais si il ouvre ou non la boite de Pandore. C’est bien là l’enjeu de toute la recherche scientifique, enjeu que parvient à soulever ce film aux singes plus intelligents que les hommes. S’il parvient ainsi à provoquer cette réflexion, c’est qu’il a réussit en partie.

Là où La Planète des Singes : les Origines réussit moins, c’est dans ses personnages humains, complètement oubliables. Ils passent plus ou moins inaperçus ; même James Franco, avec sa belle gueule, n’est pas tout à fait à sa place. Homme aux talents multiples, des films plus indépendants (bouleversant dans 127 Hours) ou comiques (hilarant dans Pineapple Express) lui conviennent beaucoup mieux. Non, la véritable star du film, c’est bien Anthony Serkis, qui jour le chimpanzé César en motion capture, comme il l’avait fait à merveille avec Gollum dans Le Seigneur des Anneaux. Tout le film tourne autour du développement émotionnel et cognitif de César, dont les moindres réflexions s’affichent sur son visage, objet de nombreux zooms. La manière dont il va s’imposer comme chef incontesté de la fourrière est développée intelligemment, et elle prend une bonne partie du film, sûrement la plus réussie. Certes, certaines scènes sont un peu improbables, mais n’oublions pas que l’on est dans un film. Un film divertissant, dosé d’une ou deux pépites de réflexion sur l’éthique, que vous pouvez allez aussi aller voir… sans vous poser de question !

Note : 8/10

Romain

[youtube:http://www.youtube.com/watch?v=Vn8GriIog1s%5D
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Comments
2 Responses to “La planète des singes : les origines”
  1. Camille dit :

    A éviter en ce qui me concerne.

    Déjà réaliser le prequel d’un film d’anticipation, drôle d’idée… Si l’original faisait l’ellipse du début de l’histoire, ce n’est pas pour rien.

    Pour preuve le film n’a en fait pas grand chose à dire. Comment la race humaine disparait de la surface de la terre au profit de singes intelligents ? Grace à un virus qui tue les humains et rend les singes intelligents. On remercie chaleureusement les scénaristes pour cette idée étourdissante de génie créatif.

    Oui donc à ce niveau là c’est quand même super mal barré pour raconter un film. Mais comme signalé dans la critique, tout ça passe au second (voire troisième) )plan, soit au générique de fin. C’est quand même balo vu que l’origine de la planète des singes (dixit le titre) se joue précisément ici.
    Quant à la promesse de révolution bonobienne et de lutte des classes engagée par les (fesses) rouges ? (cf l’armée de singe et leur leader poing levé sur l’affiche) Pipo car rien de tout ça dans film. En fait il ne s’agit que d’une poignée de macaques qui s’évadent d’un zoo pour aller squatter peinards une foret de l’autre côté du Golden gate de SF… Forcément c’est moins vendeur.

    Reste donc une histoire d’amitié paternaliste tragique entre un homme et son singe. Le rapport avec « la planète des singes » est bien mince mais pourquoi pas après tout ? Le problème c’est que le scenar évacue aussi vite que possible les thématiques intéressantes qui se profilent à son horizon (doutes de César quant à sa condition, éthique scientifique etc…) pour se concentrer sur des choses bien plus terre-à-terre et melo niais (les gentils scientifiques consciencieux vs méchants patrons capitalistes et autres idées du même acabit). Pire le film prend bien soin d’éviter toute idée subversive, non manichéenne voire un tant soit peu contrastée. Même si Jesse Franco est un peu salaud sur les bords avec son singe, on fait tout pour nous le faire passer par un grave gars. Exemple parmi d’autres : César ne rentre pas à la maison à la fin mais il reste pote avec lui. En réalité il aurait du lui cracher à la gueule, mais voilà il ne fallait pas écorner l’image du héros du film qu’on essaye de faire passer pour un victime des circonstances. Ce n’est qu’un exemple mais ça résume bien l’échec total du film sur le plan narratif de par son simplisme et son refus de toute finesse ou ambiguïté.

    Et c’est là que le bat blesse, ce film se concentre sur son histoire plus que sur le spectacle. Une intention louable pour un blockbuster…à condition que ce soit réussi, ce qui n’est pas le cas. D’autant plus dommage que la scène d’action finale,malgré son manque d’ampleur, est plutôt réussie (mais aussi trés courte et en fait on voit tout dans la BA). L’animation de César est assez réussie c’est vrai et le singe vole effectivement la vedette aux « vrais » acteurs, mais malheureusement cela s’explique surtout par la médiocrité de ces derniers…

    Bref allez voir Captain America qui, en plus d’être 100% fun, ne flatte pas malhonnêtement l’intelligence de ses spectateurs pour mieux les prendre pour des cons.

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