Drive

Drive
Film d’action américain de Nicolas Winding Refn (2011)
Avec Ryan Gosling, Carey Mulligan, Bryan Cranston, Ron Perlman
Durée: 1h40
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Drive est un film qui aurait pu passer inaperçu mais qui a séduit la critique et arrive donc dans nos salles avec une belle réputation, celle qui précède notamment son réalisateur danois (Nicolas Winding Refn, qui s’est fait remarqué pour Bronson en 2008 et Valhalla Rising en 2009). Il a remporté le Prix de la Mise en Scène au Festival de Cannes. Et pour cause, c’est un petit bijou.

La prémisse est simple : un jeune prodige du volant, qui travaille dans un garage et comme cascadeur sur les plateaux hollywoodiens le jour, louant ses services à la mafia la nuit venue, rencontre sa voisine, Irène, une jeune mère du petit Benicio. Les trois se lient d’affection, mais cet embryon de relations est coupé court par le retour de prison du père, Standard. Celui-ci emmène avec lui ses problèmes, des criminels l’ayant protégé en prison et lui demandant désormais toujours plus d’argent, en prenant bien soin de lui repeindre le visage. Notre héro sans nom, voulant protéger sa voisine et son enfant, se livre dans se monde du crime avec une ardeur et une détermination inébranlables…

Le film se démarque des autres thrillers, films noirs et autres films d’action que l’on voit tous les deux ans, pour plusieurs raisons : d’abord son acteur principal, Ryan Gosling, qui confirme avec ce film qu’il est le nouveau Steve McQueen (son jeu est semblable à celui de The Thomas Crown Affair). Conducteur de bolide, une gueule de beau gosse irrésistible avec un regard bleu perçant, des silences et sourires séducteurs. Rajoutez à cela un pantalon moulant, des gros bras couverts de cambouis, et une veste en jean qui fera sans doute booster les ventes de Levi’s, et vous avez l’arme fatale et un acteur promis à une grande carrière (Gosling joue le rôle principal dans le prochain film de Georges Clooney). Ensuite, l’autre aspect dans lequel le film se démarque c’est son rythme. Même si son scénario est plutôt simple et linéaire, le réalisateur n’a pas cédé à la pression de la génération « troubles de l’attention » que nous sommes; beaucoup de scènes sont lentes (parfois au ralenti), silencieuses, laissant le temps à l’anxiété de monter, ou tout simplement laissant au spectateur le temps d’apprécier toutes les émotions véhiculées par la scène. Ensuite, l’esthétique : classe, tout simplement. Mais on ne pouvait en attendre moins d’un réalisateur qui s’est démarqué pour l’esthétique troublante de Bronson (2008) et Valhalla Rising (2009). Les personnages sont toujours à moitié dans l’ombre, une partie du visage éclairée par une lumière. Tous les plans sont exploités, tel cet homme levant un fusil au ralenti derrière une fenêtre floue. Certaines scènes particulièrement sanguines et explicites feront frémir toute la salle, mais c’est justement ce qui donne à Drive un éclat si particulier. Contrairement à d’autres films se déroulant à Los Angeles, le réalisateur ne fait pas de cette ville tentaculaire un personnage à part entière, trame de fond socio-économique qui justifierait les actions de ces personnages. Ici, le film ne se concentre pas tellement sur Los Angeles; elle est simplement vue comme un terrain de jeu pour la voiture du héros, et la manière dont elle est prise à l’écran lui donne un charme quelque peu inquiétant, solitaire, comme le héros justement, faisant de la personnalité de celui-ci et des autres personnages l’unique gouvernail de leurs choix et de leurs actions. Enfin, la bande-son, avec ses synthétiseurs d’ambiance omniprésents renforcent le rythme lent et captivant de l’action.

On pourrait dire que Drive est un film tout droit sorti des années 80 ou 90. Tout, de l’écriture rose du générique aux scènes nocturnes, en passant par les belles voitures, rappelle Miami Vice (série des années 1980 puis film en 2006). Il y a aussi un peu du Parrain (Coppola, 1972) ou des Affranchis (Scorsese, 1990). Mais à la différence de ses illustres prédécesseurs, dans lesquels il se passait toujours mille choses qu’il était parfois difficile de suivre, Drive a joué une carte différente : il a relevé avec brio le pari d’offrir aux spectateurs un film d’action qui prend son temps, leur laissant apprécier et s’imprégner de tous ses détails et sensations.

Note : 9/10

Romain

[youtube:http://www.youtube.com/watch?v=nGJ87mBgtxs%5D

Drive is a movie that could have gone unnoticed, but that has won over critics and consequently hits our cinemas with a nice reputation, notably the one preceding its Danish director (Nicolas Winding Refn, who drew attention with Bronson in 2008 and Valhalla Rising in 2009). He has noticeably won the Best Director award at Cannes this year. And for a reason; it’s a gem of a movie.

The premise is simple: an unnamed young gifted driver, who works at a garage or as a stuntman on Hollywood sets by day, and rents his service to the mafia by night, meets his neighbor, Irene, a young mother of little Benicio. They become fond of each other, but this embryo of relationship is cut short by the return from jail of Benicio’s father, Standard. The latter brings back his problems with him, namely racketeering criminals who looked after him in jail, and are now menacing Standard’s family if he doesn’t give them more money. Our unnamed hero, wanting to protect Irene and Benicio, surrenders to a world of crime with unflinching zeal and resoluteness…

Drive stands out from other thrillers, noirs and action movies that we see every two years, for different reasons: first, its lead actor, Ryan Gosling, who upholds his status as the new Steve McQueen (his acting is similar to McQueen in The Thomas Crown Affair). Fast car driver, an irresistible handsome face with piercing blue eyes, seductive silences and smiles. Add to that tight trousers, huge grease-covered arms, and a denim jacket that is almost certainly going to boost Levi’s sales, and you’ve got a secret weapon and an actor with a great career ahead of him (Gosling plays the main character in George Clooney’s next movie). Secondly, rhythm is where the film also distinguishes itself. Even though its screenplay is rather simple and linear, the director didn’t give in to the pressure of our Attention Deficit Disorder generation; many scenes are slow (sometimes in real slow-motion), silent, leaving time for the anxiety to rise, or simply to let the spectator time to appreciate all the emotions conveyed by the scene. Then, the esthetics: classy! But we did not expect less from a director who distinguished himself for the unsettling esthetics of Bronson (2008) and Valhalla Rising (2009). The characters are always in the shadows, a part of their face lighted by a lamp or the sun peering through curtains. All parts of the image are exploited, from the forefront to the background; take for instance the guy raising his shotgun in slow-motion behind a blurred window. Some explicitly bloody scenes will make the audience shiver in their seats, but this is precisely what makes Drive super slick. Unlike other movies taking place in Los Angeles, the director doesn’t make a full character out of this sprawling city, a socio-economic framework that justifies the characters’ actions. Here, the movie doesn’t focus much on Los Angeles; the city is simply viewed as a playground for the hero’s car, and the way it is captured on the screen gives it a somewhat disquieting and solitary charm, like the hero himself, making of his’ and others’ personalities the only rudder of their choices and actions. Finally, the soundtrack, with its ominous ambient synthesizers contributes to reeling in the audience into the action’s slow rhythm.

One could argue that Drive is movie right out of the 80s and 90s. Everything, from the pink font of the credits to night scenes, through beautiful cars, reminds us of Miami Vice (a 80s TV series made into a 2006 movie). There’s also a bit of The Godfather (Coppola, 1972) and Goodfellas (Scorsese, 1990). But unlike its illustrious predecessors, in which there always seemed to be a hundred things happening that were difficult to follow, Drive plays a different card: it gambled that it could offer the audience an action and noir movie that takes its time, letting her take the time to appreciate and immerse herself in all its details and feelings. It has succeeded with a bang.

Grade : 9/10

Romain

Comments
One Response to “Drive”
  1. Camille dit :

    Argh ! Comment peut-on mettre moins de 10 à ce film ?

    Sérieux, depuis combien temps on a pas eu de héros aussi iconique dans le cinéma américain ? Avec, cherry on the cake, un petit quelque chose en plus. Là où le quasi mutisme des Clint Eastwood et autres Kurt Russell tenait d’avantage du gimmick bad ass, c’est ici différent pour Ryan Gosling. Il a certes les bonnes grosses couilles de rigueur pour ce genre de film mais c’est aussi un grand timide au cœur sensible avec son lot d’ambiguités, ce qui est mine de rien assez inédit dans ce type de films aux states.
    De manière générale cette façon qu’a le film de mélanger thriller ultra burné (quasiment à la coréenne) et drame romantique fleur bleu (avec en point d’orgue, la fameuse scène de l’ascenseur).joue beaucoup sur son atmosphère générale, où réside véritablement tout son génie. On peut écrire sur le film ou en parler pendant des heures, comme tous les films de Refn, il faut avant tout le voir pour ressentir l’alchimie s’opérer

    Mais ce que je trouve le plus incroyable dans ce film, c’est le travail de Nico (oui je l’appelle Nico) par rapport à son matériau d’origine. Il est bon de rappeler que c’était à la base une série B de commande destinée à Neil Marshall et Hugh Jackman qui ont finalement préférés se désengager du projet, flairant probablement le bon gros nanar à la Nicolas Cage… Et d’ailleurs quand on voit le noyau du film, on se dit que ça aurait effectivement pu donner une bonne grosse purge DTV.
    Mais voilà, à chaque personnage secondaire obéissant à un cliché de série B est ajouté une voire plusieurs dimensions supplémentaires. Chaque silence de Gosling est plus lourd de sens que n’importe quelle réplique. Chaque situation, finalement plutôt ordinaire, devient extraordinaire voire culte grâce au seul talent de son réalisateur.
    Rarement d’ailleurs un film aura été aussi convainquant quant à la capacité d’un réal à métamorphoser un projet par la seule puissance de la mise en scène (le script initial n’a d’ailleurs, je pense, pas été modifié tant que ça). La critique souligne a raison son esthétique magnifique mais pas que ! Cela va bien au delà de ça, ce film, certes old school par certains aspects, regorge juste d’idées profondément novatrices de cinéma et réalisation dans tout ce que ça englobe (l’utilisation du phare pour la scène de la plage avec Perlman bordel !!)

    Ce qui me touche aussi profondément dans ce film c’est aussi cette façon de rendre hommage à un certain cinéma de genre, sans aucune once d’ironie ou de second degré, chose que depuis Tarantino, personne n’a le courage de faire.

    Non y’a pas à chier, NWR est vraiment le plus grand réal à avoir émergé dans les années 2000.

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