Les ailes du désir – Der Himmel über Berlin

Drame allemand de Wim Wenders (1987)
Avec Bruno Ganz, Otto Sander et Solveig Dommartin
Durée: 2h10

Berlin, peu avant la chute du mur. Damiel (Bruno Ganz) et Cassiel (Otto Sander), deux anges, arpentent les toits de la métropole allemande, défigurée par les balafres du 20ème siècle. Ils écoutent les pensées des hommes qui s’égrènent en de longs monologues emplis d’espoir, de souffrance et de doute. Évoluant dans un monde invisible, ils tentent de panser les plaies de l’âme humaine. Malgré sa vision incomplète, en noir et blanc, Damiel est fasciné par cette humanité. Il l’aime jusque dans ses faiblesses les plus désarmantes. Il rencontre alors Marion (Solveig Dommartin), une jeune trapéziste rongée par la mélancolie.

Marion affirme « qu’il n’y a pas de plus grande histoire que celle de l’homme et de la femme » et, de fait, Les Ailes du désir constituent sans doute l’une des esquisses les plus fines jamais réalisées sur l’amour qui peut unir un homme à une femme. Son traitement d’un désir authentique, échappant à toute cristallisation, est remarquable. Il serait toutefois réducteur de n’y voir qu’une belle histoire d’amour. Le film de Wim Wenders est en effet une ode pleine d’espérance à la nature humaine et plus particulièrement à l’incarnation. Voir, sentir, toucher pour pouvoir pleinement aimer.

L’incarnation n’est plus seulement synonyme de finitude et de mort mais devient un préalable indispensable à la rencontre avec l’Autre. Il s’agit de transfigurer une solitude éminemment statique et narcissique afin pouvoir cheminer, ensemble, dans le grand mouvement de balancier de l’univers. Qui d’autre qu’une trapéziste, perpétuellement entre ciel et terre, pouvait mieux symboliser ce mouvement ? Il n’était pourtant pas évident de traiter un tel sujet sans verser dans la niaiserie, son pâle remake américain (La Cité des anges, avec les inénarrables Nicolas Cage et Meg Ryan) pouvant en témoigner.

Wenders dirige sa caméra avec la virtuosité qui lui est propre et accorde aux mots et aux images un poids équivalent et complémentaire. La scène de la bibliothèque comme celle du concert de Nick Cave dégagent une aura hypnotique et une impression de fluidité saisissante. Ce grand tourbillon de pensées et de visages suffit à dresser en quelques images une cartographie saisissante de l’esprit humain. La parole n’est jamais vainement employée et l’influence poétique de Rainer Maria Rilke, revisité sous la plume de Peter Handke, se fait sentir.

Les acteurs ne sont pas en reste. Peter Falk, qui joue son propre rôle, est surprenant. Otto Sander et Bruno Ganz livrent une partition juste et sobre, quelque peu éclipsée par la sublime et regrettée Solveig Dommartin. La ville de Berlin est une autre actrice à part entière de cette poésie visuelle et semble dégager une vitalité renouvelée, qui s’exprimera deux ans après la sortie du film, en 1989. La bande originale (Crime and the City Solution, Nick Cave and the Bad Seeds) se veut pour sa part résolument post-punk. Elle fait plus qu’accompagner l’image, parachevant ainsi l’union de l’écrit, de l’image, du son et de la parole propre aux chefs d’oeuvre.

Note : 10/10

Franck

[youtube:http://www.youtube.com/watch?v=HVu940UWV3U%5D
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