The chaser

Thriller sud-coréen de Na Hong-jin (2008)
Avec Kim Yoon-seok et Ha Jeong-woo
Durée : 2h04

Depuis une petite dizaine d’années, l’Occident assiste à une déferlante de films asiatiques de qualité (coréens, hongkongais, chinois, japonais). Parmi ceux-ci, le cinéma coréen s’est révélé être un producteur de thrillers de haut vol. L’excellent Oldboy (2003) semble avoir lancé la vague. En 2008 paraît l’excellent The Chaser, présenté en sélection officielle du Festival de Cannes, et dont les droits pour un remake ont été rachetés par Warner Bros, avec l’équipe des Infiltrés derrière le projet. Mais il n’y aura toujours qu’un original…

L’histoire est inspirée de faits réels, à savoir l’arrestation d’un sérial killer qui fut assez médiatisé en Corée du Sud en 2003 et 2004, pour avoir relancer le débat sur la peine de mort.
Joong-Ho est un ex-détective malhonnête reconverti en proxénète, qui se retrouve avec des soucis financiers quand deux de ses prostituées disparaissent. Un soir, il envoie Mi-Jin, une des ses dernières filles disponibles, pour satisfaire un client. Néanmoins, il se rend compte (trop tard) que ce client n’est autre que la dernière personne à avoir vu les prostituées disparues. Croyant que cet homme revend ses filles de joie, il part à la recherche de Mi-Jin. Sur sa route, il contacte d’anciens collègues de la police pour lui venir en aide. Mais ceux-ci sont trop préoccupés par la tempête médiatique qui les menacent, après avoir manqué de protéger le maire de Séoul, qui, lors d’un bain de foule, est entarté d’excréments par un illuminé.

Mi-jin se réveille dans une salle de bain lugubre, les pieds et les mains ligotés. Son « client », Yeong-Min entre avec un sac rempli d’outils, et sort un burin. Pendant ce temps-là, Joong-Ho tourne en voiture dans le quartier, ne connaissant pas l’adresse exacte. Nous n’en révèlerons pas plus ici, car cette première demi-heure est le meilleur moment du film.

Comme nous l’avons dit précédemment, The Chaser est un excellent thriller. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne consiste pas en une course-poursuite de deux heures entre un bon justicier est un criminel inhumain. Certes, il y a une course-poursuite dans des ruelles désertes et sinueuses, mais la véritable course-poursuite se tient ailleurs ; à notre grande surprise, Yeong-Min, ce jeune homme à casquette tueur de prostituées, est arrêté au bout de 30 minutes de film et avoue toutes ses actions dans les moindres détails à la police. Nous qui étions habitués dans nos thrillers à l’occidentale à avoir un tueur élusif et sanguinaire, échappant aux gentils détectives jusqu’à la fin, ce scénario coréen-là vient semer la pagaille dans nos attentes. Non, la véritable course-poursuite commence dès qu’on apprend qu’une loi impose de relâcher un suspect après douze heures de détention s’il n’y a pas assez d’évidence. Malgré la confession de Yeong-Min, il ne donne jamais la vraie adresse de ses crimes, celle la-même ou est enfermée Mi-Jin, peut-être en vie, peut-être morte. Celle-là même que Joong-Ho cherche désespérément, afin de sauver Mi-Jin.

Le film surfe sur une vague incessante de tension, sur une musique à suspense géniale. L’attitude étrange du criminel dérange et inquiète. La personnalité imparfaite du « héro » Joong-Ho, qui cède à beaucoup de crises d’énervement, ainsi que celle des policiers, à la léthargie et l’illogicité déplorables, contribuent à faire du film non pas une lutte entre les bons et les méchants, entre noir et blanc, mais une lutte entre des hommes impuissants et le destin, évoluant sans arrêt dans les ténèbres. Impuissant parce que Joong-Ho ne sait pas où se trouve exactement Mi-Jin, et tourne autour du lieu sans compas pour le guider. Impuissant parce Yeon-Min est impotent et satisfait ses désirs sexuels dans le crime. Impuissant parce qu’au bout de douze heures, Yeong-Min devra être relâché, et la première chose qu’il fera est de terminer ce qu’il a commencé dans la soirée. Le décor –absolument parfait pour ce genre de thriller– est lui-même un obstacle que le destin a mis sur le passage de Joong-Ho pour l’empêcher de retrouver Mi-Jin : sur une colline, des ruelles escarpées avec échoppes et maisons traditionnelles forment un véritable dédale, au centre duquel se situe la maison des crimes. Sous la pluie battante, Joong-Ho va tourner presque toute la nuit sans s’en approcher.

Malgré quelques incohérences dans certaines scènes (venues peut-être de notre référentiel culturel différent), ce mélange de frustration, d’étonnement devant l’intrigue et d’authenticité des personnages, ce décor nocturne menaçant, et un déroulement final palpitant, font de The Chaser un thriller sud-coréen à ne pas manquer, que vous ayez aimé Oldboy ou que vous souhaitiez découvrir ce cinéma.

Note : 8,5/10

Romain

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