Mother

Film dramatique à suspense sud-coréen de Bong Joon-ho (2009)
Avec Kim Hye-Ja et Won Bin
Durée : 2h09
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Parti dans mon odyssée coréenne, c’est avec curiosité que j’ai approché le mystérieux Mother (Madeo), qui a beaucoup fait parler de lui à sa sortie, et avec fascination que je l’ai regardé.

La Mère (Kim Hye-Ja, une icône de la télé sud-coréenne) travaille sans autorisation comme acupunctrice et gère une boutique d’apothicaire dans une petite ville rurale, et vit dans un espace exigu à l’arrière de son magasin. Elle est l’unique parent et gardien dévoué de Do-joon (Won Bin), un homme-enfant de 27 ans, léger handicapé mental et sensible, qui en tant qu’idiot du village est constamment malmené, mais a appris à se défendre physiquement. Do-joon est un empoté, a du mal à se souvenir des choses même les plus récentes, et dort encore avec sa mère. Après avoir été heurté légèrement par une Mercedes Benz conduite par un professeur en délit de fuite, il parvient avec son seul ami, Jin-Tae, à retrouver le coupable à bord d’une voiturette sur un terrain de golf, et se bagarre avec les passagers, ce qui résulte en un passage au poste de police. Au commissariat, le nigaud est ordonné de payer pour les dégâts au rétroviseur de la Benz quand il oublie que c’était son ami qui avait causé ces dégâts. Pendant ce temps, la justice prend une tournure étrange quand le professeur aristo s’en sort impuni parce qu’il a été attaqué.

Le malheureux Do-joon sort boire au bar Manhattan un soir et en rentrant chez lui, suit une adolescente aux mœurs légères, Moon Ah-jung, jusqu’à une maison abandonné à flanc de coteau, et ne réussit pas à l’attirer. Quand elle est retrouvée assassinée le lendemain, son corps jonchant le bord du toit, la police trouve une preuve que Do-joon était sur la scène du crime et l’inculpe du meurtre. Sans avocat présent, le dupe Do-joon se laisse facilement convaincre de signer une confession. Quand la police indifférente est juste pressée de clôturer l’affaire et décide de ne pas enquêter sur des pistes flagrantes, et que l’avocat véreux embauché par la Mère veut juste accepter une négociation de peine pour son fils à 4 ans d’enfermement, la Mère vire l’avocat indifférent et avec l’aide brutale du mercenaire Jin-Tae –l’ami pas très net de Do-joon– se lance dans sa propre enquête, dévoilant des secrets locaux sur des rendez-vous galants et la perte d’innocence de la jeunesse de la ville. La piste de preuves lance la mère de Yoon dans une aventure qui est bien en dehors de sa zone de confort. Il y a des développements choquants et des coups de théâtre étranges dans cette histoire. Les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être initialement.

Dès le début, le film prend du plaisir dans son étrangeté persistante et fantastique. Une femme, la Mère, gravit une colline d’herbe jaunie. Puis elle commence une danse funky assez curieuse. Si vous n’êtes pas conquis par cet épilogue curieusement adorable, apparemment aléatoire, vous serez au minimum intrigué. Occasionnellement, des scènes évoquent les paysages oniriques incohérents de David Lynch. Par exemple, quand Mère, mécontente, rend une visite à l’avocat de son fils dans un restaurant, elle le trouve pompette et entouré d’un essaim de femmes et de collègues de lycée.

Mais Bong Joon-ho retourne toujours au réalisme difficile des sentiments. Le désespoir de la Mère et le flottement de Do-joon entre la frustration et l’apathie sont encore plus compliqués que ce que le réalisateur révèle initialement. Il garde tendu le mystère grandissant que la Mère a l’intention de résoudre – la vie de la fille tuée était un désordre compliqué. Pourtant, il ne perd jamais l’emprise sur la vie intérieure trouble de son héroïne.

Le film est merveilleusement bien filmé ; Bong fait une excellente utilisation du travelling ou du plan général, saisissant la beauté des paysages coréens. Et pourtant, sa Corée du Sud n’est pas la Corée qu’on voit sur les chaînes de voyage ; il nous montre des citadins ruraux irritables, intolérants et mesquins, des adolescents aux mœurs légères, et une élite nantie qui se croit au-dessus de la loi. A cet égard, tous les acteurs du film livrent une performance saisissante.

Won Bin est drôlement odieux comme fils ingrat – frottant ses tempes pour se concentrer sur sa faible mémoire, trouvant drôle sa situation et n’en comprenant pas la gravité. Mais c’est Hye-ja Kim qui porte Madeo, faisant de sa Mère une victime endurant toutes les souffrances qui acquière plus de nerf et des nuances de plus en plus subtiles alors que l’histoire dévoile patiemment ses secrets.

Présenté dans la sélection « Un Certain Regard » à Cannes, Madeo a remporté le titre de Meilleur Film, Meilleur Scénario et Meilleure Actrice aux Oscars asiatiques. Et pour cause, c’est un film fantastique !

Note : 9,5/10

Romain

[youtube:http://www.youtube.com/watch?v=KPcijFQ4PpU%5D

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