Shame

Film dramatique de Steve McQueen (2011)
Avec Michael Fassbender et Carey Mulligan
Durée : 1h39
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Malgré les nombreux plans saisissant dans toute leur splendeur son sexe et ses fessiers, la partie la plus fascinante de l’anatomie de Michael Fassbender dans Shame est son visage. Il joue un homme qui est à la fois accro au sexe et dégoûté par lui-même pour être accro au sexe, et cette combinaison atroce de sentiments hideux est visible dans ses yeux hantés et ses grimaces sinistres. A son paroxysme émotionnel, Fassbender a l’air aussi tourmenté et misérable qu’il ne l’a jamais été.

Le film -réalisé et écrit par son collaborateur sur Hunger, Steve McQueen- n’est pas aussi épatant que l’interprétation elle-même. En tant qu’examination d’une addiction et de la haine de soi, Shame est superficiellement simple. Il nous montre le parcours d’un homme sans nous offrir d’idées qui nous permettraient de le comprendre. Aussi, l’affection de McQueen pour de longues prises sans coupure (déjà mise en exergue dans Hunger) est efficace quand il nous donne un regard impassible sur ce qui fait réagir le personnage, mais l’est moins quand la scène est un diner maladroit constamment interrompu par un serveur incompétent.

Mais nous revenons à l’interprétation de Fassbender, exceptionnelle (qui le place comme favori pour l’Oscar du Meilleur rôle masculin).
Brandon Sullivan est un employé de bureau trentenaire habitant un luxurieux appartement à Manhattan. La libido de Brandon est dangereusement en dehors de son contrôle, jusqu’au point ou un flirt non abouti avec une jolie femme dans le métro l’oblige à s’isoler pour un « moment solitaire » dans les toilettes de son lieu de travail. Il a peur que son boss, David, un chien en rut des plus traditionnels, découvre les sites qu’il a visité tout ce temps sur son ordinateur de bureau. Ses soirées sont occupées à regarder des pornos sur le Net, à des moments de solitude, et avec un peu de chance des liaisons avec n’importe quelle femme consentante qu’il peut trouver. La vie de Brandon n’est absolument pas attirante; elle semble exténuante. Il est clair qu’il ne l’apprécie pas non plus.
Ce style de vie qui ne peut pas durer éternellement est rendu encore plus précaire par l’arrivée de la sœur de Brandon, Sissy (Carey Mulligan), une fille de bohème désespérée qui est autant souriante et extrovertie que Brandon est renfrogné et replié sur lui-même. Vous pouvez imaginez comment un visiteur imprévu peut être un boulet sur son style de vie, surtout quand celui-ci est aussi lubrique que celui de Brandon. Sissy est aussi abimé que Brandon, sexuellement et psychologiquement. Notre meilleur aperçu de l’état d’esprit de Sissy provient d’une soirée dans un club de jazz, où elle chante une version discordante et mélancolique de la chanson normalement joyeuse « New York, New York », tournant ses paroles remplies d’espoir (« If I can make it there, I’ll make it anywhere ») en une constatation triste de rêves brisés. Son frère est touché par sa performance; ça lui parle. Et néanmoins, il se montre indisponible envers sa sœur, qui recherche désespérément une épaule sur laquelle s’appuyer.

La réapparition de Sissy dans sa vie est ce qui force Brandon à affronter ses problèmes directement, mais ce n’est clairement qu’une question de temps avant qu’il ne s’effondre. Fassbender, sans une seule trace de gêne, exprime brutalement la douleur et la frustration du personnage sans avoir recours à un jeu ostentatoire et m’as-tu-vu. Regardez le dans les moments où rien ne semble se passer: cet homme se déteste. Quand il essaye d’être intime avec une femme normale (une collègue de travail); quand il lutte pour garder ses addictions cachées de ses collègues; et alors qu’il oscille entre détermination et faiblesse, cela rappelle aux spectateurs leurs propres imperfections, leurs propres tendances autodestructrices. Nous savons tous ce que fait ressentir la honte.

Ce film ne sera pas pour tout le monde, loin de là. Le sexe y est représenté de manière crue, sans émotion, et explicitement; à cet égard, je suis surpris que le film ne soit interdit qu’au moins de 12 ans… Je n’imagine pas comment un jeune de 13 ans puisse sortir indemne de ce film (bien que je sais qu’ils n’auront pas à la base envie de le voir). Mais surtout, c’est un film profondément triste. Si vous vous sentez la force de regarder Shame, vous assisterez à un moment de cinéma à l’état brut d’un grand courage, qui vous remuera vos entrailles. Sinon, vous pouvez toujours aller voir Mission Impossible.

Note : 8,5/10

Romain

[youtube:http://www.youtube.com/watch?v=asw8lKnPKug%5D

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