L’amour dure trois ans

Marc Marronnier (Gaspard Proust), critique littéraire et chroniqueur attitré de la vie nocturne germanopratine, peine à éprouver le moindre désir pour sa femme après trois années de vie commune. Quand les caresses de celle qu’on a jadis aimé ont autant d’effet que si elles étaient l’oeuvre d’un gant Mapa, il ne reste plus qu’à se tourner vers de vains amour ludiques ponctué d’une ultime visite au tribunal de grande instance de Paris. Marc divorce donc et commence à coucher ses désillusions sur son iMac, entre deux virées au Montana en compagnie de son ami Jean-Georges (JoeyStarr, dont le potentiel comique s’affirme de film en film). Il en est désormais persuadé : l’amour n’existe pas. Mais Marc a une obsession, Alice (Louise Bourgoin), qui pourrait bien le bousculer dans son cynisme…

Frédéric Beigbeder a donc pris le risque de passer derrière la caméra pour la première fois afin de réaliser l’adaptation de son roman éponyme, paru en 1997. On peut dire que c’est un pari globalement réussi. Certains critiqueront la vanité d’un tel projet. Il s’agit après tout de montrer le désoeuvrement moral et sentimental d’un microcosme parisien jeune, riche, beau… et tourmenté. Sans jamais approcher la virtuosité sensible du Paris est une fête de Hemingway ou la richesse analytique d’une nouvelle de F. Scott Fitzgerald, Beigbeder assume sa filiation avec la génération perdue comme avec Bukowski, d’ailleurs convoqué dès les premières secondes du film. Il se garde bien de sombrer dans le pathos et la gravité, leur préférant systématiquement un humour acidulé. Quitte à délaisser Jean Eustache et Philippe Garrel au profit de Woody Allen.

Si Marc Marronnier se complaît à convoquer Shakespeare, il est difficile de résister à la tentation de citer cette tirade de Macbeth : « La vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur qui s’agite et parade une heure, sur la scène, puis on ne l’entend plus. » Il en va parfois de la vie comme des films. S’il ne fallait faire qu’un reproche à L’amour dure trois ans, il porterait sur cette galerie lassante de personnages secondaires et de guests tous plus insipides et caricaturaux les uns que les autres. Mention spéciale au « couple » joué par Pierre (Jonathan Lambert) et Kathy (Frédérique Bel, qui ne devrait jamais se séparer d’Emmanuel Mouret), dont la seule utilité semble résider dans leur très réussie scène de mariage. Pour ce qui est des personnages principaux, si on ne peut que saluer la performance remarquable de Gaspard Proust, Louise Bourgoin en fait en revanche trop quant à l’aspect naturel et solaire de son rôle.

Ces quelques défauts ne sont toutefois pas de nature à gâcher le plaisir du spectateur. Par-delà ses artifices un rien pompeux, L’amour dure trois ans demeure un premier film terriblement sympathique et efficace avec une morale simple et juste : il faut toujours parier.

[youtube:http://www.youtube.com/watch?v=rFxjF4Yc2IU%5D

Franck

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