Tinker Tailor Soldier Spy (La Taupe)

Tinker Tailor Soldier Spy (La Taupe)

Thriller britannique de Thomas Alfredson (2012)

Avec Gary Oldman, Colin Firth, Tom Hardy, Mark Strong, Ciarán Hinds et John Hurt

Durée: 2h08

Nous sommes au cœur de la Guerre Froide, en 1973. Une opération entre les services secrets britanniques et les services secrets hongrois termine mal, et le directeur du MI6, Control (John Hurt), et son bras droit, George Smiley (Gary Oldman, nominé aux Oscars), sont forcés de partir à la retraite, avant que Control ne meure dans un lit d’hôpital.

Quelques temps plus tard, des nouvelles viennent d’un agent en défection nommé Ricki Tarr (Tom Hardy, Bronson, Inception, Warrior) selon lesquelles un espion soviétique aurait infiltré le Cirque –le nom du code du MI6–, à son plus haut niveau, suspicion que partageait Control. Un ministre flagorneur (Simon McBurney) demande à Smiley, disgracié, de revenir au MI6 pour découvrir qui est la taupe – même si, comme tout le monde au sein du Cirque, Smiley avait été placé parmi les suspects par Control. La tâche de Smiley est compliquée par le fait que les principaux suspects sont tous des carriéristes qui ont joué un rôle dans son expulsion. Personne ne veut que des problèmes personnels viennent embrouiller une enquête cruciale.

Y’a-t-il une taupe ? Pourrait-elle être le nouveau chef de l’agence, Percy (Toby Jones), ou le copain de Percy, Roy Bland (Ciaran Hinds, Dumbledore dans Harry Potter), son subordonné Esterhase (David Dencik) ou le fringant Bill Haydon (Colin Firth, The King’s Speech) ? Et comment l’histoire parallèle d’un agent trahi (Mark Strong, aussi formidable que d’habitude), qui fait actuellement profil bas en tant qu’enseignant dans une école primaire, s’intègre au reste de l’intrigue ? La Taupe cache bien son secret.

En fin de compte, les films d’espionnage traitent de loyauté. Qui peut-on croire ? Qui pourrait retourner sa veste ? Qui cache un poignard dans son dos ? La Taupe confronte le dilemme lié à la confiance dans chaque scène. C’est la préoccupation principale parmi des agents qui risquent leurs vies dans des manœuvres de terrain dangereuses et parmi les agents bureaucrates qui manœuvrent pour prendre le pouvoir au quartier général du MI6, où les stratagèmes sont sans effusion de sang mais où les enjeux sont en fin de compte beaucoup plus importants. Une métaphore visuelle clé de la joute d’esprit silencieuse du film se situe dans quelques pièces d’échec, sur lesquelles sont collées les photos des suspects. Ce n’est pas un hasard si ces suspects se retrouvent dans une salle de réunion dont la tapisserie évoque fortement un échiquier.

Malgré les détours par Budapest et Istanbul, la plupart de l’ « action » dans La Taupe apparaît dans les salles de dossier et les salles de conseil du QG du MI6, ou dans la chambre froide et humide de l’hôtel clandestin dans lequel Smiley a improvisé son centre de commandement. Des coups de feu sont tirés pendant le film, mais pas souvent, rendant l’impact des tirs plus significatifs. En lieu et place de l’action, Alfredson fait monter la tension par des coups d’œil, des bribes de dialogue,  et des détails infimes qui procurent une plus grande récompense. En d’autres termes, c’est un film construit sur l’observation, l’outil que ces hommes emploient pour leur travail. Tout le monde est excellent : Firth est une star, bien sur, et Hardy est toujours génial. Mais la performance d’Oldman est incroyable – spécialement compte tenu du fait qu’il ne dit rien jusqu’à 20 minutes dans le film, et ne dit pas grand-chose après ça.

Avec ses lunettes énormes, Smiley est un observateur silencieux, s’imprégnant des détails, soupesant les informations, découvrant de petites choses qui le mènent à de plus grandes révélations. Il y a une scène super au début du film lors de laquelle il est dans une voiture avec d’autres agents, quand une abeille rentre. Les autres agents essayent de la fouetter, sans résultat. Smiley baisse calmement sa fenêtre pour laisser l’abeille sortir. C’est aussi sa méthode du travail d’espionnage : rester assis et attendre que les autres s’agitent, pendant qu’il les observe, attendant son moment. Son interprétation est très éloquente et expressive dans sa maîtrise gracieuse du langage du corps. La position de ses épaules et sa posture, le rajustement occasionnel de ses lunettes, nous disent précisément ce qui se passe dans la tête de Smiley. Il y a un moment vers la fin où on ne le voit que de dos, mais où l’on ressent un frisson électrique, sachant avec certitude par sa position que son cœur a fait un bond en lisant quelque chose. Alfredson est étonnement doué pour nous faire imaginer comment l’esprit de Smiley fonctionne ; on peut quasiment voir la machine se mettre en route au fur et à mesure que les pièces du puzzle s’emboitent (à un moment donné, on voit littéralement des rails de train converger alors qu’il s’approche de la solution).

Il faut aussi reconnaître le mérite d’Alfredson. Sa patience à raconter l’histoire est remarquable, compte tenu de la précipitation qui s’empare des films d’espionnage aujourd’hui. Smiley doit trier une grande quantité d’information, y travailler dessus jusqu’à ce qu’il réussisse à en faire sens. Alfredson attend la même chose des spectateurs, mais la récompense vaut l’effort. Le film requière que nous regardions et que nous écoutions attentivement ; mais avec le temps, on devient assez compétent pour comprendre quel collègue de Smiley le rend cocu rien qu’en regardant l’état de ses lacets.

Tout est voilé. Le refoulement constitue le camouflage de Smiley. La gamme de couleurs du film va du gris des cours de prison à la noirceur du Parrain. Le ciel couvert de Londres semble lui-même se cacher dans un imperméable terne. Presque aucune information nous est fournit sur la vie personnelle de Smiley, à part quand on apprend que sa femme est infidèle. On a certes plusieurs aperçus de son programme d’entraînement, une nage dans le lac sombre d’un club de remise en forme : même quand il se relaxe, il est dans des eaux troubles. Tout en gardant ses lunettes de bibliothécaire…

Le film est intellectuellement exaltant, bien que trop étouffant pour beaucoup de spectateurs. Il s’agit ici d’espionnage d’une nature verbale et bureaucratique. La Taupe nous offre une image convaincante des services secrets, comme une branche sans charme de la fonction publique, exposant en détail et attentivement son matériel de surveillance low-tech des années 70 et ses coutumes bizarres.

 La Taupe n’est pas exempte de tout reproche. Le film avance par scène clés. L’ennui c’est qu’il le fait en évitant les relations entre les personnages, avec la réserve anglaise habituelle, ce qui résulte en un film presque entièrement dépourvu d’émotions. Si Smiley hausse la voix à un moment, en général, l’enquête paraît presque l’ennuyer, comme l’agent double soviétique. A un moment, un personnage clé se retrouve face à son meurtrier, et on pourrait tout autant croire qu’il meure d’ennui plutôt que d’une balle dans la tête.

Le film est presque antiseptique dans son approche des relations humaines. On a déjà vu des robots avec plus d’émotions. L’apparence d’une relation homosexuelle entre deux personnages est minimisée jusqu’à n’avoir que quelques secondes à l’écran. Il y a ci et là dans le film de vagues allusions à des sentiments profonds, qui ne sont quasiment jamais amenés à leur terme. On ne comprend pas ce que la mort de Control signifie pour George Smiley. Smiley est peut-être l’ami le plus proche de Control, mais toute cette relation est omise comme si elle n’avait pas d’importance.

L’histoire est tortueuse et parfois difficile à suivre ; l’action est lente voire non-existante. Mais cela ne nuit en aucun cas au film. Les acteurs –un Who’s Who du cinéma britannique– rendent l’usage correct de la langue anglaise aussi fascinant qu’une fusillade, et La Taupe aussi satisfaisant que n’importe quel film violent qui utilise des vraies balles au lieu des mots pour faire passer son message.

Note : 8,5/10

Romain.

Comments
One Response to “Tinker Tailor Soldier Spy (La Taupe)”
  1. Manar dit :

    Pour moi ce film est tré bonne filmes du monde =D

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