Martha Marcy May Marlene

martha marcy may marleneThriller psychologique de T. Sean Durkin (2011)
Avec Elizabeth Olsen, John Hawkes, Sarah Paulson et Hugh Dancy
Durée: 1h41

« What is the right way to live? » telle est la question que pose “Martha Marcy May Marlene”, derrière l’irracontable expérience de sa protagoniste.

Le film commence alors que Lucy reçoit un appel d’un téléphone public de la part de Martha (Elizabeth Olsen), sa petite sœur disparue depuis 2 ans, qui lui demande de venir la chercher. Martha vient de fuir un culte abusif isolé dans les montagnes Catskill dans l’Etat de New York. Elle est accueillie chez sa sœur et son beau-frère, dans une gigantesque maison de vacances au bord d’un lac. Elle tente de se réadapter à la vraie vie, mais son passé l’a détruite psychologiquement et son comportement est anormal et indécent. Elle semble avoir oublié les normes sociétales, les ayant remplacées par les manières qui étaient jugées acceptables à la ferme où elle a été endoctrinée. A quel point ces changements ont recablé sa pensée, tel est le sujet tabou que personne n’ose aborder.

Petit à petit, elle devient persuadée que le culte suit ses moindres mouvements, et sa paranoïa grandissante commence à envenimer la vie familiale. Cette trame est alternée de flashbacks vers sa vie dans le culte –qui se rapproche de Charles Manson et sa « Famille–, une communauté rurale isolée du reste du monde, où vivent plusieurs femmes et plusieurs hommes, mené par le charismatique Patrick (le talentueux John Hawkes). Dans cette communauté, les femmes doivent attendre que les hommes aient fini de manger pour passer à table. Elles partagent toute la même chambre, sur des matelas posés à même le sol. La sexualité est aussi partagée (“you need to share yourself, don’t be selfish” est-il dit à Martha à son arrivée dans le culte). Patrick se « sert » (à défaut de trouver un meilleur mot) et se faire violer permet de se libérer des toxines de son passé.

L’imprévisibilité du film de Durkin est ce qui fait sa beauté. Les spectateurs ne sont fournis qu’avec des morceaux de la vie de Martha à la ferme de Patrick, dosés au compte goutte alors que l’histoire avance. Il n’est jamais vraiment clair comment celle-ci va se terminer, et si la paranoïa est justifiée ou pas. Ce genre d’imprévisibilité demande beaucoup de précision de la part de tous les gens impliqués dans le film ; du réalisateur, à l’éditeur, à l’équipe de production entière, et aux acteurs. La bande-son du film est à cet égard excellente; le bourdonnement se fait incessamment puissant alors que la paranoïa de Martha s’accroît, et les musiques nous tiennent en haleine.

Elizabeth Olsen est prenante, et elle fait étalage de tout un éventail d’émotions, prouvant que la famille Olsen n’a pas fait que des mauvaises actrices (Elizabeth est la petite sœur des jumelles Mary et Kate). Et bien sur, pour faire fonctionner le tout, il était indispensable d’avoir une interprétation remarquable du leader du culte, tâche à laquelle John Hawkes s’acquitte superbement. Il mélange parfaitement les rôles de serpent charmeur, figure paternelle, et tyran pour capturer les brebis égarées dans sa toile. Il est certain que Patrick a un sens inné pour trouver les vulnérabilités des gens et les exploiter pour son gain personnel. Ceci est rendu d’autant plus intimidant que des évènements comme ceux-ci se sont déjà passés, et continuent à se produire.

Enfin, comment parler de Martha Marcy May Marlene sans parler de sa fin ! Celle-ci est d’autant plus mystérieuse qu’elle est abrupte. Certains diront qu’elle est ambigüe simplement pour obtenir une crédibilité au près du public d’art et essai. Certains en seront insatisfaits. Ce qui est sûr, c’est que les discussions autour du film sont d’autant plus nombreuses, et envahissent déjà la Toile. Vous trouverez des interprétations tout à fait plausibles et valables, mais de la même manière que l’on ne saura jamais ce qu’il y a dans la valise dans Pulp Fiction, cette fin a été laissée ouverte.
Ceci étant, quand le seul regret d’un visionnage d’un film est de vouloir en voir plus, il est clair que ce film en est un auquel il faut prêter attention. Martha Marcy May Marlene est justement un de ces films qui mérite toute notre attention.

Note : 9/10
Romain.

Martha Marcy May Marlene a remporté le prix de la réalisation au Sundance Film Festival, et a été présenté à Cannes dans la catégorie Un Certain Regard.
Le film sort le 29 février au cinéma.

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